Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
   Passer, gonflant ses voiles,
   Un rapide navire enveloppé de vents,
   De vagues et d'étoiles ;

   Et j'entendis, penché sur l'abîme des cieux,
   Que l'autre abîme touche,
   Me parler à l'oreille une voix dont mes yeux
   Ne voyaient pas la bouche :

   Poëte, tu fais bien ! Poëte au triste front,
   Tu rêves près des ondes,
   Et tu tires des mers bien des choses qui sont
   Sous les vagues profondes !

   La mer, c'est le Seigneur, que, misère ou bonheur,
   Tout destin montre et nomme ;
   Le vent, c'est le Seigneur ; l'astre, c'est le Seigneur ;
   Le navire, c'est l'homme.

                                                                             Victor Hugo